Ministre de la Communication, de l’Economie Numérique et de la Poste, Porte-parole du Gouvernement – Député de Blessegué-Kouto


TIC DSC_7133 RSS

Publié le 6 janvier 2015 | par admin

0

Identification des abonnés, cybercriminalité : le Ministre Bruno Nabagné KONE fait le point.

M. le Ministre, la cybercriminalité est une réalité en Côte d’Ivoire. Comment l’appréhendez-vous ?

Je voudrais tout d’abord préciser que la cybercriminalité, même si on en parle beaucoup ces derniers temps, est de moins en moins une réalité, comme vous dites, en Côte d’Ivoire.

La cybercriminalité est l’ensemble des infractions pénales qui sont commises au moyen ou sur un réseau de télécommunication ou sur un système d’information. Avec les records qu’elle a atteint dans un passé récent dans notre pays, le Ministère de la Poste et des Technologies de l’Information et de la Communication a dû faire de la lutte contre ce fléau, une priorité. Les efforts fournis par le gouvernement  Ivoirien en la matière, montrent qu’il a perçu la grande nocivité de ce mal, qui était passé d’un niveau insidieux pour devenir en quelques années une menace réelle pour notre cyberespace et pour l’image de notre pays. Cela dit, je peux affirmer qu’à ce jour, les mesures drastiques que nous avons prises ont permis de contenir l’essentiel de la menace que représentait ce fléau, et que celui-ci recule jour après jour.

 

En quoi est-ce que l’outil Internet peut –il créer un problème sécuritaire ?

 

L’internet est probablement le maillage le plus étendu entre ordinateurs du monde entier. Il permet surtout  la communication, l’ouverture au monde, l’accès instantané à des millions de documents stockés partout dans le monde, à partir de n’importe où. Ce maillage pratiquement sans limite et l’accès aisé à ce réseau, qui sont des atouts indéniables pour l’internet, ont  malheureusement favorisé l’apparition de comportements déviants, qui dans certains cas, créent effectivement des problèmes sécuritaires. Ces problèmes interviennent lorsque les systèmes d’information et de communication sont utilisés dans le but de commettre des infractions.

 

La loi sur la cybercriminalité est-elle en vigueur ?

 

La loi n° 2013-451 du 19 juin 2013 relative à la lutte contre la cybercriminalité a été votée par les députés à l’Assemblée Nationale. Elle a depuis été promulguée par le Chef de l’Etat et est effectivement en vigueur. Elle permet de mieux préciser les actes de cybercriminalité et met à la disposition des juges un arsenal répressif efficace, qui n’existait pas par le passé, et dont la mise en œuvre effective va permettre de décourager les auteurs d’infractions.

 

Quels sont les liens de collaboration entre votre ministère et la plate forme de lutte contre la cybercriminalité ?

 

La Plate-forme de Lutte contre la Cybercriminalité (PLCC) est probablement la partie la plus visible de la collaboration entre l’Autorité de Régulation des Télécommunications de Côte d’Ivoire (ARTCI), structure sous tutelle du Ministère de la Poste et des Technologies de l’Information et de la Communication (MPTIC) et la Direction de l’Informatique et des Traces Technologiques (DITT),  structure sous tutelle du Ministère d’Etat, Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité (MEMIS). La collaboration franche entre ces deux structures, qui met ensemble des policiers et des experts des réseaux informatiques et télécoms, a sans doute permis que la lutte engagée contre la cybercriminalité soit de plus en plus efficace.

 

 

 

Quels sont les types de messages mensongers adressés par les cyber-escrocs que l’on pourrait communiquer aux populations ?

 

Ces arnaques sont perpétrées par des individus agissants seuls ou en réseau à partir de l’internet, pour profiter du relatif anonymat sur ce support et brouiller les pistes. Les escrocs promettent par exemple des transferts imaginaires de fonds ou de valeurs, sollicitent des transferts sur la base de fausses loteries, de promesses d’héritage…  Il y a également les propositions d’emplois dans l’administration ou dans des structures privées centre le paiement d’une contrepartie financière. La forme dans laquelle les ivoiriens se sont ‘’spécialisés’’ semble être l’arnaque aux faux sentiments, qui crée un lien d’affection, sur la base duquel, des sommes d’argent relativement importantes sont envoyées par la victime à l’escroc, qui utilise divers artifices (photomontages, histoires inventées…)  pour tromper sa proie. Ailleurs, les formes de cybercriminalité le plus souvent  répertoriées sont l’intrusion dans un système informatique, le vol de données, les spams, la pédopornographique, le chantage à la webcam, etc. Il faut surtout faire attention à tout ce qui est ‘’trop beau pour être vrai’’ et absolument éviter  d’envoyer de l’argent à quelqu’un que vous ne connaissez pas et que vous n’avez jamais vu.

 

Depuis quelques temps, les populations estiment qu’il y a un relâchement dans les moyens de répression. Qu’en est –il exactement ?

 

Il n’y a pas de relâchement au niveau des moyens de répression. Bien au contraire, au fil du temps, le Gouvernement a renforcé le cadre de lutte contre la cybercriminalité. Il y a d’abord eu l’identification des abonnés à la téléphonie mobile et à l’internet, ensuite le renforcement des moyens d’actions des structures en charge de la lutte, telles que la DITT, la PLCC et le CI-CERT, puis la prise de lois qui renforcent la répression (à savoir ; la loi n° 2013-451 du 19 juin 2013 relative à la lutte contre la cybercriminalité, la loi n° 2013-450 du 19 juin 2013 relative à la protection des données à caractère personnel et la loi sur les transactions électroniques),  la collaboration avec les maisons de transfert d’argent, la sensibilisation, etc. C’est justement l’absence d’un tel dispositif entre 2000 et 2011, qui a permis le développement de la cybercriminalité en Côte d’Ivoire.

 

M. le Ministre qu’en est –il de la politique d’identification des abonnés entamée depuis des années ? Comment  cette identification peut –elle permettre d’appréhender également la cybercriminalité ?

 

Cette opération d’identification a pris fin le 31 décembre 2012.

Nous pouvons dire, à ce jour, que les abonnés à la téléphonie et à l’internet ont quasiment tous été identifiés. Depuis cette opération, les opérateurs de téléphonie mobile n’ont plus le droit de mettre en vente des puces pré-activées.

Le décret n°2011-476 du 21 décembre 2011 portant identification des abonnés aux services de télécommunications ouverts au public a permis de dénombrer plus de 20 millions d’abonnés à la téléphonie mobile et recenser 100% des abonnés à  l’internet. Cette opération a d’abord eu un rôle de dissuasion, parce que les cybercriminels voient bien désormais le risque pour eux d’être rapidement identifiés, et permet ensuite à la police d’être bien plus efficace dans les opérations de recherche. Il faut savoir que dans le cyberespace, toute opération laisse une trace, par laquelle on peut remonter à un équipement terminal.  Il suffit ensuite de faire le lien entre cet équipement,  la personne qui le détient et l’infraction commise.

 

Malgré cette politique d’identification, nous constatons que les cabines téléphoniques vendent toujours des puces, qu’en est-il ?

 

Ce constat est juste, mais je peux vous assurer que nous mettons tout en œuvre pour contraindre les maisons de téléphonie mobile à respecter les termes de l’article 2 du décret portant identification des abonnés. Je voudrais rassurer sur le fait que le dispositif va se renforcer au fur et à mesure et que ces pratiques disparaitront.

 

Quel dispositif avez-vous mis en place pour lutter contre ce fléau ?

L’Autorité de Régulation des Télécommunications en Côte d’Ivoire (ARTCI) mène des actions de contrôle périodique, afin de vérifier que des puces pré-activées ne sont pas mises en vente par les opérateurs. Lorsque nous constatons le non-respect des dispositions prévues par le décret, les puces sont purement et simplement saisies par l’ARTCI. Si ce phénomène ne baisse pas dans les prochains mois, nous envisagerons  d’autres formes de sanctions, notamment des pénalités suffisamment lourdes pour être dissuasives.  En outre, l’ARTCI a pris une décision le 28 décembre 2012 pour limiter la possession de cartes SIM par une personne physique. De ce fait, un abonné ne peut détenir plus de trois puces d’un même opérateur de téléphonie mobile.

 

 

La mise en œuvre de la RSS a commencé vous le savez, quel lien avec la cybercriminalité ?

 

La RSS vient de la mise en œuvre de la vision du chef de l’état tendant à promouvoir la sécurité et le bien être des ivoiriens, ainsi que la création d’un cadre de vie qui permet de valoriser le potentiel de chacun. La cybercriminalité est un fléau, une attitude criminelle qui pourrait, si nous n’y prenons garde, gangréner notre société, et devenir un risque pour la sécurité des populations, dans un contexte de développement de l’accès aux TIC.  C’est un vrai problème  de sécurité des personnes, qu’il convient de traiter avec la plus grande rigueur.

 

Dans le cadre de la promotion, de la formation et de la recherche scientifique en matière de TIC, le gouvernement a créé un centre d’excellence l’ESATIC, pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Dans le souci de doter la Côte d’Ivoire de ressources humaines qualifiées en grand nombre pour porter notre ambition en matière de développement des TIC, l’Etat a créé sur les cendres de l’ISAPT (l’Institut Supérieur Africain des Postes et Télécommunication), l’Ecole Supérieure Africaine des Technologies de l’Information et de la Communication (ESATIC). Cette structure vient répondre aux problématiques de développement du secteur des TIC au cours de la prochaine décennie et au-delà, et prend en compte  l’avènement  de nouveaux métiers dans le secteur (infogérance, call-centers, e-commerce, sous-traitance internationale, cybersécurité,  etc.). Ces métiers, ajoutés à ceux plus classiques dans le secteur (programmation, développement, installation et maintenance de réseaux, intégration de solutions…), exigeront des dizaines de milliers d’ingénieurs, d’experts, de techniciens, etc. que nous n’avons pas à ce jour. Sans oublier le fait que l’essentiel des métiers de demain nécessiteront un minimum de capacité en TIC.

A terme, le gouvernement entend faire de l’ESATIC le carrefour africain des TIC en ouvrant cette école aux autres pays Africains et en en faisant un centre d’excellence. Je voudrais dans ce cadre saluer le soutien apporté à l’Esatic par des acteurs internationaux de haut niveau (Fibre Zone du Canada, Huawei Technologies de Chine, Microsoft…) et par l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), qui vient d’accorder au Rwanda et à la Côte d’Ivoire (à travers l’ESATIC), le statut de Centres d’Excellence de l’UIT pour l’Afrique en matière de cybersécurité.

 

Quels conseils donnez-vous aux populations ivoiriennes ?

 

Je voudrais une fois de plus lancer un appel à la jeunesse et aux cyber-escrocs,  leur demandant de se détourner de ces pratiques criminelles qui sont très éloignées de l’image moderne et entreprenante que notre pays voudrait désormais afficher.  Il faut aussi dire que la réalité de la cybercriminalité est très différente de l’image que les médias en donne, car de plus en plus, cela se termine très mal pour les délinquants.   Nous avons aujourd’hui circonscrit le problème et l’arsenal de mesures mises en œuvre permet de ramener ce fléau à sa portion congrue dans les deux prochaines années.   La cybercriminalité n’est plus être une option  pour s’enrichir. Nous exhortons donc nos jeunes, souvent pleins de talent,  à mettre leur intelligence, leur ingéniosité, et leur expertise au profit de la bonne cause, celle du développement des TIC et de la croissance de notre pays. La Côte d’Ivoire y gagnera, eux-aussi…

Tags: ,


About the Author


Back to Top ↑